Abbas
Kiarostami

Abbas Kiarostami |
Biographie
Né à Téhéran en juin 1940, Abbas Kiarostami entre aux Beaux-Arts et participe entre 1960 et 1968 à la conception graphique d’environ 150 films publicitaires et de quelques films de fiction. Pratiquant par ailleurs la peinture, l’écriture, la menuiserie et la photographie, Kiarostami se tourne définitivement vers le cinéma en 1969 en fondant, avec un ami, la section cinéma de l’Institut pour le Développement Intellectuel des Enfants et Jeunes Adultes, (le Kanun) qui coproduira quasiment tous ses films jusqu’à "Et la vie continue…" |
| Filmographie |
1999
: Le vent nous emportera 1997 : Le Goût de la cerise… 1994 : Au travers des oliviers. 1992 : Et la vie continue… 1990 : Close-Up. 1989 : Devoirs du soir. 1987 : Où est la maison de mon ami ? 1984 : Les Élèves du cours préparatoire. 1983 : Le Citoyen (52 ‘). 1982 : Le Chœur (C.M). 1981 : Avec ou sans ordre (C.M). 1980 : Rage de dents (C.M). 1979 : Cas numéro 1, cas numéro 2 (53’). 1975-79 : Le Palais de Jahan Nama. 1978 : La Solution (C.M). 1977 : Le Rapport. 1976 : Les Couleurs (C.M). 1976 : Le Costume de mariage (53’). 1975 : Moi aussi je peux (C.M). 1975 : Deux solutions à un problème (C.M). 1974 : Le Passager. 1973 : Expérience (60’). 1972 : Récréation (C.M). 1970 : Le Pain et la rue (C.M). |
Le goût de la cerise
Le Goût de la Cerise... (Tam e guilass ... - Iran, 1997, 99mns) Palme d'Or à Cannes, 1997 Réalisation : Abbas Kiarostami
En
vingt films, Abbas Kiarostami a bâti une œuvre incontournable,
mais ce n’est que depuis Où est la maison de mon ami ? qu’elle
est connue par la critique, et aujourd’hui soutenue par un public
grandissant.
Avec
Le goût de la cerise, il signe un film dense, extrême dans son procédé
dont la réussite rend compte de l’inc Couronné par une palme d’or au dernier festival de Cannes, sa dernière réalisation semble faire l’unanimité de la critique française. |
"Ô
mon coeur! puisque ce monde t'attriste, puisque ton âme si pure doit
se séparer de ton corps, va t'asseoir sur la verdure des champs et réjouis
toi pendant quelques jours, avant que d'autres verdures jaillissent
de ta propre poussière".Le choix - radical - du Goût de la cerise, c'est de figurer l'idée par la matière. Une matière lourde, épaisse, terreuse qui envahit l'écran. Derrière le visage et le buste des personnages s'inscrit, en effet, la terre jaune et pelée des environs de Téhéran. Le matérialisme de Kiarostami évoque étrangement celui de Bresson. Les cadrages serrés mais toujours à distance "respectueuse", refusant l'obscénité du "tracking shot", comme le refus du raccord entre le champ et son "contrechamp" ou l'absence de relations entre les cinq personnages du film donnent d'autant plus d'importance à ce qui constitue l'unique lien entre eux : la terre.
Les failles de l'écorce terrestre, affaire de séisme ou de glissement de terrain, sont toujours bien visibles chez Kiarostami. Mais la fosse que s'est creusée le héros demeurera, elle, hors-champ jusqu'à la dernière séquence du film. Elle n'apparaîtra que lorsque le personnage s'y sera couché. La plongée à la verticale du corps donne alors l'impression de ces enluminures médiévales où la perspective, rabattue sur un plan frontal, fait perdre toute profondeur, toute "matérialité" à l'image. La terre cesserait-elle d'être matière quand un homme s'y couche ? |
Le vent nous emportera
24 Novembre 1999, réalisateur et scénariste: Abbas Kiarostami, Image: Mahmoud Kalari, Montage: Abbas Kiarostami, Musique: Peyman Yazdaniam, Son: Mohamad Hassan Najm, Interprétation: Beyzad Dourani et les habitants du village de Siah Dareh, Production: MK2
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Mémoires sauvées du vent La nature et l'art, l'image et le verbe, la poésie et l'éducation… Photographie et valeur documentaire, sens de la proportion picturale, équilibre sonore, évocation poétique… Si une dimension didactique parfois un peu appuyée ne peut lui être niée, Le Vent nous emportera revêt la qualité d'être à la fois plein et ouvert, de rendre ses hommages, sans pour autant en faire son thème premier. Hommage aux arts complémentaires. Hommage aux femmes, aux "serveuses", mères ou maîtresses. S'il faut chercher un cœur au film, c'est d'ailleurs la poésie de Forough Farrokhzad qui l'occupe : un poème de femme récité à une femme, ou plutôt à un fantasme incarné. Les affres du portable Dans ce grand "Tout", Kiarostami nous parle finalement de choses simples, dans un univers obtus, si ce n'est compliqué. Il en vient forcément à une expression du dérisoire. C'est là l'avancée majeure de ce film : l'humour s'y libère, absurde, noir ou burlesque. Pour communiquer, ce n'est pas tout d'être doté du portable, il faut encore gravir la montagne. Il faut déterrer les morts pour faire communiquer les vivants, ne pas se laisser ensevelir par le fossé des communications. A voir s'agiter vainement l'ingénieur, l'idée effleure que l'on n'est pas si loin d'une certaine tondeuse qui s'emballe, chevauchée par un vieux bonhomme lynchien… 2001 Odyssée du cinéma Une cérémonie ? Une équipe de cinéma ? Kiarostami ne referme pas le mystère sur ces possibles voleurs d'images. Il préfère clore son film par un emprunt au cinéaste qui a sans doute offert, bien avant l'heure, les plus entêtantes images de l'an 2000. Un réalisateur qui s'est toujours situé dans le passé ou le futur plutôt que dans le présent. Une pirouette kubrickienne, donc, dans cette image d'un os jeté à l'eau et emporté par le courant. Une métaphore parfaite d'un présent qui, d'évidence, est aussi là pour suturer passé et futur. |
Le vent nous emportera
Louis Guichard Franco-iranien (1h58). Réalisation, scénario et montage : Abbas Kiarostami. Image : Mahmoud Kalari. Musique : Peyman Yazdanian. Avec Behzad Dourani (" l'ingénieur ") et les habitants du village de Siah Dareh. Prod. : MK2 et Abbas Kiarostami. Distr. : MK2
| La métamorphose subtile d'un citadin échoué dans un petit village du Kurdistan iranien. Une fable sensuelle et espiègle d'Abbas Kiarostami.
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Iran, le double langage
Louis
Guichard Histoire
du cinéma iranien, 1900-1999, de Mamad Haghighat, éditions
Centre Georges-Pompidou, 247 p., 100 F.
| Un siècle de cinéma. Ce que l'on connaît un peu (les films), et ce que l'on soupçonnait : tabous, censure, course aux oscars.
La Porte, court métrage issu des Contes de Kish. Depuis
une dizaine d'années, les noms de Kiarostami et de Makhmalbaf brillent
dans les grands festivals internationaux et renvoient l'image d'un cinéma
iranien vigoureux, élaboré, subtil. N'étaient les difficultés que ces
réalisateurs rencontrent parfois pour faire parvenir leurs bobines jusqu'à
la cabine de projection des festivals, on pourrait croire à un cinéma
presque libre… Comment imaginer, par exemple, qu'en 1997 les autorités
iraniennes ont crié au scandale lorsque Abbas Kiarostami a embrassé
Catherine Deneuve qui lui remettait la Palme d'or du festival de Cannes
pour Le Goût de la cerise ? Que ce film, distribué aux quatre coins
du monde, est resté interdit de sortie en Iran ? Et que le cinéaste,
n'osant rentrer immédiatement dans son pays après son "blasphème",
a d'abord dû séjourner quelque temps à Paris ? Mamad Haghighat, Iranien installé en France depuis 1977, directeur de la salle Quartier latin à Paris, livre, dans son Histoire du cinéma iranien, 1900-1999 (la première publiée à ce jour) un compte rendu détaillé des rapports entre les autorités islamiques et le cinéma, premier divertissement national, avec environ 80 millions d'entrées pour soixante-dix longs métrages de fiction par an. Depuis la révolution de 1979 et l'arrivée au pouvoir des ayatollahs, l'Iran fait montre d'une extravagante schizophrénie. Lu à la lettre, le Coran interdit de représenter des êtres humains sur un écran. En pratique, les cinéastes n'ont pas le droit de traiter de l'intimité et du quotidien, encore moins de montrer une femme sans tchador, fût-elle toute seule. Une bande-annonce de cinq minutes comporte obligatoirement une minute de publicité pour la prière. Le ministère de la Culture et de l'Orientation islamique classe les films en catégories A, B, C et D, selon leur degré de conformité avec l'Islam, et distribue en conséquence les remboursements intégraux, subventions ou, au contraire, interdictions de sortie. Parallèlement, le régime a parfaitement saisi l'importance du cinéma comme vecteur d'image de l'Iran sur la scène internationale. Alors que l'Amérique et ses films sont officiellement diabolisés, le gouvernement intervient pour placer les œuvres iraniennes dans la course aux oscars, y compris celles de cinéastes épisodiquement mal vus, tels Kiarostami (Au travers des oliviers, en 1995). Au point qu'un réalisateur appartenant à la ligne officielle du régime, Majid Majidi, se félicitait récemment de voir l'un de ses films achetés par Miramax, firme américaine, donc inféodée au "Satan capitaliste". Ce double jeu de l'Etat place aujourd'hui le cinéma d'auteur iranien dans une position trompeuse et incertaine, explique Mamad Haghighat : en pleine lumière à l'extérieur des frontières, entravé ou même voilé en son pays. |
| L’action» de Et la vie continue se situe tout de suite dans l'habitacle d'une automobile Renault 5 habitée, au volant, par un homme mûr à lunettes, et, sur la banquette arrière, par un petit garçon qui se révèle dès le premier dialogue («Papa !») être son fils. Dehors, dedans, se cognant contre le pare-brise, assise à la place du mort, la caméra les cherche tous les deux comme un insecte convoite son pollen : craintive, hésitante.
C'est avec beaucoup de frayeur qu'on progresse dans Et la vie continue. Pas seulement en raison du suspense biologique, les acteurs-voyageurs du film ayant le même espoir au coeur et la même inquiétude au ventre que les spectateurs-passagers qui le regardent : l'autoradio n'annonce-t-il pas qu'il y a quand même des survivants ? Que des maisons ont résisté au séisme ? Que va-t-on découvrir ? Mais la peur que suscite Et la vie continue est d'une autre ampleur que la simple résolution d'une indécision dramaturgique. Voilà en effet un film dont le dispositif généalogique met en danger l'existence même du cinéma : un film est dissimulé dans ce film. On aura vite compris que Kiarostami, moraliste in progress, ne laisse en paix ni la puissance supposée de la fiction ni la véracité réputée du documentaire. Le revolver sur la tempe, le doigt sur la gâchette, c'est l'image qu'il inquiète. La terre tremble, le cinéma a bougé. Et il arrive alors ce qu'on n'attendait pas : il arrive qu'on rie souvent dans Et la vie continue, sans que ces rires soient déplacés ou hors sujet. Des rires qui fusent in sujet, pas du tout incrustés pour apaiser la tension mais au contraire comme des apogées de cette tension. Rappel à l'ordre : la vie, surtout quand elle frôle ses pires ennemis, est aussi une vaste rigolade. Et l'on apprendra qu'un mariage entre deux amoureux a pu être heureusement précipité par l'impromptu du tremblement de terre, les parents des futurs époux, éternels chicaneurs sur la date des noces, ayant été rayés des cadres. Et l'on comprendra que le simple fait de «demander sa route» peut relever d'une logique tragi-comique dans ce paysage déchiré par le séisme où il est effectivement plausible que la route ait été annulée. Et l'on saura au détour d'un virage pourquoi fondamentalement la vie continue. Dans un campement de sans-abri, un jeune homme s'active à redresser une antenne de télé pour que tous puissent regarder en direct la Coupe du monde de football. Le personnage principal anticipe notre question : «Tu ne trouves pas ça un peu déplacé de regarder le foot à la télé alors que tant de gens viennent de mourir ?» Un sourire désarmant déchire le visage du poseur d'antenne : «Ecoute, la finale de la Coupe, c'est tous les quatre ans alors qu'un tremblement de terre, j'espère bien n'en pas revoir un avant quarante ans.» Kiarostami n'hésite pas, il oscille dans un combat incertain où chaque attribut est menacé par son contraire. Témoin la manière de filmer, la fameuse question de la bonne distance, qui balance entre l'extrêmement près et le tout à fait loin. Très près, au début, quand, embarqués à bord de la voiture, la bande-son du film est celle des embouteillages, la vitesse celle inscrite au compteur du tableau de bord (environ 60 km/h), le cadre celui de la fenêtre et le travelling latéral celui des paysages et des visages qui y défilent. Tous ces étranges fragments de montagnes mais aussi tous ces découpages bizarres dans des corps humains qui sont comme des notes griffonnées dans un ciné-carnet de bord . Très loin au contraire quand il s'agit non pas de prendre bêtement de la distance mais de stigmatiser l'anecdote d'un destin humain dans l'ampleur géographique (voire historique) d'une catastrophe naturelle. Il est très rare en effet que le cinéma soit ainsi pris pour ce qu'il est : une machine à voir le voir, à trier la vision, quitte à contester ce tri et même à le disqualifier. Parce qu'il est sans cesse sur la brèche de ce souci moral (la bonne ou la mauvaise distance, autant dire le bien et le mal), Et la vie continue est un film qui se soucie de nous, un film qui nous aime en toute vigilance (des preuves !), un film où, pour l'exemple, la solidarité, sujet de la superbe et dernière scène (appelons-la la fable de l'auto-stoppeur et de la R5), est un travail pratique et surtout pas une proclamation. Cette inquiétude de nous (comment ça va ?) présente surtout l'avantage d'être désinfectée de toute pitié ou compassion. C'est sans doute son bénéfice iranien, déjà oriental. Sur la banquette arrière de la voiture, le petit garçon, grave, philosophe : «Une route qui mène quelque part, c'est une impasse.». |
Où est la maison de mon ami ?
Où
est la maison de mon ami ? (Khaneh-ye
doust kojast ?) Film d'Abbas Kiarostami (Iran, 1987-1h25) - VOSTF
Avec : Babak Ahmad Pur (Ahmad), Ahmad Ahmad Pur (Nematzade), Khodabaksh Defai
(le professeur), Farhang Achawan (Nemat), Mohammad Hussain Ruhi (le vieil homme),
Iran Utari (la mère), Photographie : Farhad Saba, Montage : Abbas Kiarostami
Léopard de Bronze, Prix de la Critique Internationale
et Prix C.I.C.A.E. au Festival de Locarno 1989
Prix C.I.C.A.E., Festival de Cannes 1989
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L'enfance
comme elle peut
Cette simple course va se transformer pour le jeune écolier en un véritable chemin initiatique dans une société presque moyenâgeuse, figée sous le poids des interdits
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Au
travers des oliviers
Iran.
1994. 103 min. Comédie dramatique écrite et réalisée par Abbas Kiarostami. Avec
Hossein Rezai, Mohamad Ali Keshavarz, Zarifeh Shiva, Tahereh Ladanian, Farhad
Kheradmand, Mahbanou Darabi.
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